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Harcèlement moral au travail : le reconnaître et s’en protéger

Le harcèlement moral au travail est reconnu comme un mal qui ronge l’individu en silence, jour après jour, un peu plus. Souvent difficile à identifier puis à verbaliser, le harcèlement dans le contexte professionnel est dévastateur.

22% des salariés français ont signalé officiellement un harcèlement moral dans la sphère professionnelle en 2012. Chaque jour, une personne en France se suicide à cause de son travail.

Ces chiffres alarmants démontrent une triste réalité : la nouvelle organisation du travail privilégie un management par la peur qui favorise le harcèlement moral et encourage de façon souterraine ceux qui s’y livrent. Le silence des victimes encourage les attaques des harceleurs, raison pour laquelle il faut que chaque personne s’exprime à haute voix sur ce sujet.

Libérer sa parole de victime de harcèlement revient à libérer sa vie et à pouvoir exercer son activité professionnelle en toute quiétude.

Les caractéristiques du harcèlement moral

Marie-France Hirigoyen, psychiatre et psychanalyste, auteur du livre Le Harcèlement moral nous rappelle les éléments qui constituent une situation de harcèlement moral.

Le harcèlement moral comporte des caractéristiques bien précises :
– les attaques sont le plus souvent individualisées. Elles visent une personne en particulier, et toujours la même.
– ces attaques se répètent sans cesse.
– elles ne concernent généralement pas la qualité du travail de la personne harcelée, mais son intimité : c’est l’être qui est pris à partie, pas son savoir-faire.
– enfin, le propre du harcèlement moral, c’est qu’il n’y a pas deux interlocuteurs divisés par un conflit, il y a un dominant et un dominé, et surtout aucune raison objective à ce soudain déferlement de mépris, voire de haine.

Ainsi, derrière le harcèlement moral, il est possible d’identifier une véritable stratégie visant à déstabiliser puis à détruire psychiquement et immanquablement physiquement, un individu désigné. L’objectif du harceleur peut être multiple, de provoquer la perte de votre emploi à des motifs beaucoup plus sombres et purement narcissiques.

Le profil type du harceleur dans un contexte professionnel

L’ODIS (Observatoire du Dialogue et de l’Intelligence sociale) a identifié quatre profils types de harceleurs dans le contexte professionnel.

1. Le « harceleur régulé »

Ce harceleur est totalement validé par la hiérarchie et peut être amené à agir sous ses ordres, ce qui rend une quelconque action de défense impossible. Le harceleur régulé désigne un profil de harceleur qui agit pour le compte des supérieurs d’un individu en particulier et qui sert les intérêts généraux de l’entreprise. Ce type de harcèlement n’a pas de motifs personnels et est appliqué sans implication émotionnelle.

Le harceleur régulé intervient dans des cas où la démission d’une personne est souhaitée en lieu et place d’un licenciement qui pourrait s’avérer coûteux pour l’entreprise. Certaines pratiques telles que l’isolement, le dénigrement, l’inactivité organisée ont pour objectif de pousser l’individu à choisir de quitter son poste. Le harcèlement régulé est le plus difficile à identifier et à éradiquer.

Vous en protéger : le cas de ce harcèlement avec accord tacite de la direction, dans certaines configurations, rend la possibilité de le faire stopper impossible. Selon votre situation ainsi que votre âge, vous pouvez envisager un changement d’activité et négocier un licenciement à l’amiable, quitte à accepter une réduction de vos indemnités. En effet, si le harceleur est validé par la direction et opère sous ses ordres, seul un procès aux Prud’hommes peut vous permettre d’obtenir gain de cause mais cela sous-entend de continuer à fréquenter quotidiennement une hiérarchie que vous poursuivez d’autre part.

2. Le « harceleur pervers narcissique »

Il s’agit du profil le plus courant mais pas nécessairement le moins dangereux. Le harceleur pervers narcissique est pervers à la fois dans sa vie personnelle et dans son activité. Le contexte professionnel n’est à ses yeux qu’un terrain de chasse de plus dans lequel il peut exercer sa toute-puissance. Chaque personne en lien avec un individu aussi malveillant doit impérativement briser la loi du silence et parler du harcèlement qui est opéré.

Avec un harceleur pervers narcissique, il convient d’établir un périmètre de sécurité à la fois physique et psychique, de collecter un maximum de preuves écrites de ses actes, de ses demandes et contre-ordres car il y en aura. Le piège principal du pervers narcissique se joue à deux niveaux : sur le plan de la communication et sur celui des émotions qui en résultent.

Vous en protéger : la communication avec un pervers narcissique est floue, les directives sont contraires et changent au gré des plans du harceleur. Vous devez donc toujours faire en sorte de pouvoir présenter une trace écrite de ses instructions. Dans le cas d’une transmission orale, n’hésitez pas à valider par mail et demander une confirmation par retour de mail. Il est également conseillé de toujours faire intervenir une tierce personne lorsque vous devez communiquer avec le harceleur pervers narcissique. Afin de vous préserver, évitez également toute implication émotionnelle dans vos interactions avec lui. Il est important de signaler le harcèlement à la direction ainsi qu’à votre syndicat si possible. Si vous vous préparez bien, vous pouvez monter un dossier solide qui vous permettra de sortir de cette situation.

Par contre, sachez qu’exposer un harceleur pervers narcissique n’est pas sans danger pour la suite de votre carrière. Veillez à considérer d’autres éventualités comme quitter l’entreprise (malgré la reconnaissance du harcèlement) ou demander une mutation afin de placer le maximum de distance entre le harceleur et vous. Par sa personnalité contrôlante et revancharde, le pervers narcissique peut vous poursuivre de ses foudres des années après les faits.

3. Le « harceleur carriériste »

Le harceleur carriériste a pour seul objectif d’écarter ses collègues des postes qu’il vise et de se hisser au sommet… au détriment des autres. Son danger vient du fait qu’il n’hésite devant aucun moyen pour parvenir à ses fins. Ses plus grandes armes ? Le sabotage et la diffamation. S’il est votre supérieur hiérarchique, il s’accaparera vos succès sans vergogne. S’il est votre collègue, il s’acharnera à détruire votre crédibilité professionnelle pour son bénéfice personnel.

Ses motifs ne sont pas directement sadiques mais totalement narcissiques ! Sans être pour autant pervers, il est clair que le harceleur carriériste n’est pas vraiment un individu que l’on peut qualifier d’empathique. Il peut s’avérer dangereux si vous lui résistez, si vous constituez un obstacle sérieux sur le chemin de sa gloire personnelle ou encore si vous le confrontez.

Vous en protéger : une fois que vous l’avez identifié, le mieux est de réunir des preuves du comportement du harceleur carriériste et d’en référer à votre hiérarchie, si vous le pouvez. Prouvez des faits concrets et vérifiables dans la mesure du possible. Il vous faut signaler des comportements de sabotage relatifs à un dossier spécifique sur lequel vous avez été amené à collaborer et qui a été ralenti ou annulé par sa faute.

Dans le cadre d’une activité de groupe, le harceleur carriériste est clairement celui qui ne met pas de cœur à l’ouvrage, qui fait son possible pour réduire les efforts de ses collègues à néant, la mauvaise foi incarnée. Réduisez les tâches que vous lui confiez au maximum, imposez des délais validés par tous, évitez de travailler directement avec cette personne et accordez-lui une confiance limitée.

S’il s’agit de votre supérieur hiérarchique, faites-en sorte d’être muté rapidement dans un autre service.

4. Le « harceleur sous-dimensionné »

Il s’agit d’un profil de harceleur « accidentel » qui pèche par manque de formation au management. Le harceleur sous-dimensionné est typiquement un individu qui accède à des fonctions managériales pour la première fois et qui n’a pas vraiment de connaissances de la gestion des ressources humaines. Ceci est le harceleur le moins dangereux du groupe car ses intentions ne sont pas malveillantes.

Le harceleur sous-dimensionné ne sait pas comment fixer des objectifs, organiser un planning et surtout, déléguer les responsabilités. Cela conduit invariablement à un flou dans l’organisation, un stress chronique par manque de mise en avant des compétences de chacun des membres de l’équipe. Néanmoins, le harceleur sous-dimensionné n’est pas pour autant exempt de reproches. L’intention maligne n’est certes pas présente mais il n’empêche que les conséquences sur les salariés qui sont victimes de ce management à l’emporte-pièce présentent les mêmes symptômes de stress que les autres.

Vous en protéger : ce harceleur est humain, en principe doté d’empathie (sauf s’il appartient en plus à un autre groupe), il est capable de se remettre en question. Il vous est donc possible de lui présenter des exemples concrets de situations dans lesquelles vous vous êtes senti harcelé en soulignant qu’avec une autre organisation et répartition des tâches, le projet aurait pu être mené de façon plus efficiente.

N’allez pas à la confrontation directe et favorisez la communication positive avec ce type de harceleur involontaire. Si vous n’arrivez pas à trouver un terrain d’entente, faites valoir vos droits à travailler dans un environnement calme, sécurisant et respectueux de votre personne auprès de votre hiérarchie et des ressources humaines si nécessaire.

Les sanctions auxquelles s’expose un harceleur

Quel que soit le groupe auquel il appartient, un individu qui se rend coupable de harcèlement moral encourt à de lourdes sanctions dont vous pouvez trouver le détail mis à jour ici.

Sanction disciplinaire

Tout salarié du secteur privé ayant commis des agissements de harcèlement moral est passible de sanctions disciplinaires. Il en est de même pour un agent public responsable des mêmes agissements, selon les procédures de sanction applicables au secteur public.

Sanction civile

L’auteur de harcèlement moral peut devoir verser à sa victime des dommages-intérêts.

Sanction pénale

Le harcèlement moral est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

Dès les premiers signes de harcèlement, il convient d’augmenter votre niveau de vigilance et de vous protéger, notamment en en parlant aux personnes qui ont un rôle à jouer dans la régulation des conditions de travail des salariés : comités HSE, psychologues, médecins du travail, assistants sociaux, syndicats, chargés des ressources humaines, hiérarchie directe.

Une telle situation ne doit pas surtout pas s’installer et devenir une habitude. Le harcèlement moral est insidieux et il peut être compliqué à repérer, surtout si vos limites ne sont pas fermement posées. Si des symptômes de stress, d’angoisse, des insomnies apparaissent, il est temps de prendre du recul et de vous faire accompagner au moins pour prendre un avis extérieur et ne pas vous isoler.

N’hésitez pas à laisser un commentaire en fin d’article pour toute question sur le harcèlement moral !

relation toxique - manipulateur pervers narcissique

Vos commentaires

1 Comment

  • Gérard from Nutcache

    Reply Reply novembre 6, 2016

    Merci de mettre en lumière ce terrible sujet du harcèlement moral au travail et merci pour vos conseils pertinents.

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